Foodora,Deliveroo, quels sont les emplois créés ?

De nouveaux emplois, pour une nouvelle économie ?

Depuis quelques années de nouveaux métiers dans la restauration rapide ont été créés : Les coursiers à vélo. Ils travaillent pour les grandes plateformes de livraison à domicile (Foodora, Deliveroo) et sont de plus en plus nombreux. Mais que se cache derrière ces nouveaux emplois ? Pourquoi séduisent-elles autant ? Sont-elles aussi bien qu’on ne le pense ?

1 Une activité très organisée

Le métier de coursier consiste à livrer des plats préparés dans des restaurants en un certain temps chez les clients qui les ont commandés via une application mobile. Ils doivent disposer d’un vélo qui leur appartient, d’un sac pour mettre les plats, d’une tenue et d’une application sur leur smartphone pour savoir où et quand ils doivent travailler (tous les trois fournis par l’entreprise). Le poste de coursier est facile d’accès puisqu’il suffit juste de créer son autoentreprise, de remplir un questionnaire, d’indiquer la plage horaire qui leur convient puis ils peuvent directement aller chercher le matériel, suivi d’une formation d’une demi-heure. Dans ce métier, tout tourne autour du smartphone, qui sert à accéder à l’application pour connaître chez qui prendre les plats et chez qui les livrer.
Cette application contient un agenda on-line où les livreurs ont accès à ce qu’ils appellent un « shifts » (une tranche horaire de la journée). Dans le cas de Take it Easy, les « shifts » sont renouvelés tous les lundis à 23h mais les shifts partent très vite car tous les gens se connectent. Les meilleurs coursiers son favorisés car les 20 meilleurs de l’entreprise ont droit à aller sur les shifts à 23h puis les 30 prochains à 23h10 et le reste à 23h15. Il ne suffit pas juste de savoir faire du vélo, il faut être aussi très performant ! Les coursiers sont notés par les restaurateurs, les clients et sont pénalisés en cas de retard ou de non présentation à un « shift ».
Une fois le « shift » attribué, il faut se rendre dans ce créneau horaire sur la zone indiqué (normalement près de chez soi) et effectuer les missions attribuées. Certaines plate-formes laissent les coursiers dans la zone, d’autres font évoluer les zones selon le parcours du coursier. Ils sont rémunérés à l’heure, à la livraison ou un mélange des deux selon les entreprises. D’après les témoignages, cela correspond à un peu plus que le SMIC (entre 15 et 20 €).
En dehors des misions, les relations avec la plate-forme se fait via des groupes fermés sur facebook ou wechat. Il y a peu de contacts physiques.
Les coursiers sont en général des hommes, étudiants et sportifs. On les appellent les « slashers ».

2 Travailler librement …

Le fonctionnement proposé par ces plateformes est différent des autres entreprises utilisant des travailleurs intérimaires comme les fast-food ou des grandes marques vestimentaire (Mac Donald, H&M…). En effet, les employés peuvent choisir leur horaires, qui sont souvent décalés par rapport aux cours de beaucoup d’étudiants (en soirée ou le week-end). Par ailleurs, l’activité est complètement flexible et permet de travailler selon ses envies. On peut s’arrêter quand on veut (sauf les « shifts » déjà pris) et recommencer très facilement.
C’est donc une activité idéale, payée un peu plus que le SMIC selon les témoignages, pour avoir un complément de revenu afin de financer des études ou pour des personnes en manque de revenus qui peuvent combiner plusieurs activités en même temps. Cela permet aussi à certains de concrétiser des projets personnels (start-up, projet artistique) tout en gardant une sécurité financière. En 2013, selon l’INSEE, 8,5 % de la population française exerçait plusieurs emplois simultanément.
De plus, ces plate-formes recrutent sans se soucier des diplômes ou des origines ethniques comme peuvent le faire certaines entreprises. C’est une véritable porte d’accès à l’emploi. Ainsi Take eat Easy a employé 2 500 coursiers en France après seulement 2 ans d’activité.
Les coursiers sont plus libres et il n’y a pas d’ambiance de concurrence direct avec d’autres personnes sur une même activité comme dans certaines entreprises. Par ailleurs, les missions données par ces plates-formes sont dans une zone proche de la position du coursier, ce qui limite les déplacements. Il n’y a donc pas de frais de transport à la charge du coursier pour aller travailler.

3 … mais sans protections

teecoursier-300x194-1Le principal défaut est que les coursiers sont travailleurs indépendants et pas salarié. Ainsi ils ne disposent d’aucune assurance en cas d’accident de travail ou de chômage. Comme cette activité est plutôt dangereuse, aucun revenu n’est prévu en cas de chute ou d’accident. De même, en cas d’arrêt de travail long, il n’y a pas d’assurance chômage prévu, puisque le coursier est son propre patron. Même dans une situation extrême, la faillite de la plate-forme, comme c’est arrivé à Take eat easy cet été, les coursiers n’ont pas de garantie de salaires en cas de faillite comme c’est le cas pour les salariés.
De plus en plus de coursiers demandent que leur statut soit redéfini. Des procès ont donc été intentés contre ces plate-formes, qui ne veulent pas donner à leurs coursiers des assurances ou des garanties de salaires en cas d’accident.
Par ailleurs, la rémunérations de ces emplois peut se situer en dessous des minimaux sociaux. Par exemple, à Londres, Deliveroo a voulu changer le mode de rémunération en passant d’une rémunération par heure à une rémunération par livraison, ce qui était beaucoup moins avantageux pour eux et en dessous du salaire minimum vivable. Suite à cette annonce, des manifestations ont eu lieu devant le siège de Delivroo à Londres. Finalement, la startup a cédé et laissé le choix du mode de rémunération aux coursiers.
Enfin, les relations sociales, à distance via des groupes facebook, sont très froides et occasionnent des comportements très durs et sans état d’âme vis à vis des coursiers. Ainsi, le moindre faux pas peut être désavantageux sans possibilité de discuter. Par exemple, Take It Easy a mis en place un système de pénalités automatiques. Si un livreur se désinscrit d’un « shift » il reçoit une pénalité et au bout de trois pénalités, le coursier est convoqué par son manager. Les coursiers sont aussi constamment suivis et notés par les clients et les restaurateurs.
Le développement des plate-formes de livraison de plat a permis la création rapide de nouveaux emplois : les coursiers à vélo. Selon la Fedae, 80 000 personnes travailleraient pour ces plate-formes (y-compris Uber). Elles offrent un complément de revenu rapide et très flexible en terme d’horaires. Cependant, en imposant le statut d’auto-entrepreneur aux coursiers, elles contournent le statut classique de salarié. Cela pose de vrais problèmes aux coursiers qui peuvent se trouver démunis face à un accident ou une faillite.
Les coursiers commencent à s’organiser afin d’obtenir des protections équivalentes aux salariés, voir même à requalifier leur contrat de prestations de services en contrat de travail. Une autre solution pour les coursiers peut être de se regrouper en coopérative comme c’est le cas en Belgique afin d’avoir le meilleur des deux mondes : le salariat via la coopérative et la flexibilité de la plate-forme.

Sources :
http://www.devenircoursiervelo.com
– Plates-formes numériques : les droits sociaux en discussion – LE MONDE 17.10.2016 Par Sarah Belouezzane
– La double vie des « slashers » – LE MONDE ECONOMIE 13.09.2016 Par Audrey Tonnelier
– Livraisons de repas à domicile : les coursiers à vélo s’organisent pour obtenir des droits – LE MONDE ECONOMIE 12.09.2016 Par Francine Aizicovici
– Travail à la demande, un futur qui se casse la gueule. – Organises-toi – JeunesOrganisésCombatifs – Medium.com
– Travailleurs indépendants : le revers du modèle de l’économie collaborative – LE MONDE ECONOMIE 11.08.2016 Par Sarah Belouezzane
– Jérôme Pimot, le coursier qui court après le salariat – LE MONDE ECONOMIE 07.11.2016 Par Francine Aizicovici

Ludo Meulle et Lilou Mayaux Barbero

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