Une excellente nouvelle…

Cette année, les élèves de la Classe médias du lycée Montaigne ont participé au concours Médiatiks Paris 2020. Notre blog est arrivé parmi les 5 premiers… Une très belle place d’honneur… Mais une élève de l’option « Education aux Médias », Magdalena, a gagné le premier prix ex-aequo pour le dessin de presse.

La Classe Médias.

« La maison brûle et l’on regarde ailleurs »…

En ce début de COP 25 qui a démarré lundi à Madrid, le climatologue Hervé Le Treut faisait une conférence hier soir à Paris à l’IHP intitulé « Climat: de l’échelle globale à l’échelle locale ».
Il nous a expliqué qu’il était déjà trop tard pour réussir à ne pas dépasser les 2 degrés de réchauffement climatique d’ici 2050. En effet, les mers et les océans stockent une bonne partie du CO2, mais avec le réchauffement climatique et, avec l’augmentation de la température de l’eau, une bonne partie du CO2 se diffusera dans l’atmosphère en favorisant la hausse des températures sur la planète. De plus, lorsque ces eaux s’évaporeront, elles feront monter les températures de l’air et les mouvements d’air changeront.

Les modèles pour estimer le climat sont constitués de centaines de millions d’équations qui prennent en compte de multiples paramètre sur 25 années. Nous avons donc une idée assez précise de ce que va être le réchauffement des 20 prochaines années. La neutralité carbone, dont on entend parler, n’est que du blabla de politicien. Les scientifiques eux, savent qu’il faudrait prendre des mesures plus drastiques et courageuses pour atteindre les objectifs fixés. Mais malheureusement les pays et les organismes internationaux n’y arrivent pas. Or nous sommes en état d’urgence pour protéger la terre. Donc il faut compter sur ce qui marche déjà.

Et ce qui marche, ce sont les actions de niveau individuel et locale. Une goutte d’eau mais les rivières sont faites d’une multitude de goutte d’eau. Actuellement, de nombreux projets se développent pour protéger les zones à risques (zones côtières et rives de fleuves), pour surveiller les modification des éco-systèmes et les nouveaux envahisseurs. Par exemple les moustiques tigres qui apportent les maladies tropicales car ils migrent en suivant le réchauffement climatique. Il faut aussi éduquer et informer car, actuellement, on estime que seulement 15% de la population mondiale a entendu parler du réchauffement climatique. L’avenir est donc entre les mains des petites gouttes d’eau que nous sommes !

Pour plus d’info aller voir le site d’Hervé Le Treut, climatologues en Nouvelle Aquitaine : acclimaterra.fr

Pour voir à quoi ressemblerait New York, Lagos, Shanghai, Mumbai, Londres, Rio et San Francisco si rien n’était fait pour les protéger de la montée des eaux avec un réchauffement de + 2° et + 4°, allez visiter Googl Earth.

Il est urgent d’agir… Alors agissons maintenant…

Ange

Vers une VI° République…

Dans le cadre d’un travail d’EMC, les élèves de la seconde 7 du lycée Montaigne ont réfléchi à des problématiques portant sur notre société. Certains se sont interrogés sur la circulation des armes en France, la légalisation du cannabis et d’autres sur les possibles réformes de notre constitution.

Depuis quelques années, nombreux sont ceux qui essayent de réformer la constitution de la V° République. En effet, la représentativité des élus ne semble plus faire l’unanimité. S’ajoute à cela les dysfonctionnements possibles de nos institutions.

Comme l’avancent La France Insoumise et le Parti Socialiste, la réforme de la V° République est devenue une nécessité. Comment doit-elle s’effectuer ?

Ce projet repose sur quatre points majeurs: le vote, les circonscriptions, la révocation citoyenne et le pouvoir législatif. Cette réforme verrait un changement total du système de vote. En effet, le vote majoritaire à deux tours serait abandonné, au profit du « jugement majoritaire ». Ce système de vote ne consiste pas en un simple bulletin dans l’urne avec un nom. Avec le jugement majoritaire, l’électeur évalue chaque candidat. Il lui donne une mention : très bien, bien, assez bien, passable, insuffisant et à rejeter. Après dépouillement, une moyenne est faite, avec le pourcentage pour chaque mention. Une médiane est tracée pour chaque candidat. Le candidat qui a la meilleure mention qui correspond à cette médiane l’emporte. Ce système de vote permettrait une plus grande démocratie dans le système de vote. Effectivement, cela éviterait quelques dérives comme le principe du vote « utile », qui n’aurait plus aucun sens, car il serait possible d’exclure des candidats. Ce système a néanmoins deux défauts majeurs. D’une part, sa complexité à comprendre. D’autre part, sa complexité pour le dépouillement. Il faudrait donc se soucier particulièrement de la compréhension du système par les citoyens. Pour le second défaut, même s’il est théoriquement possible de dépouiller à la main, il serait souhaitable d’insérer le vote électronique à plus grande échelle, en s’assurant de sa fiabilité totale.

Le second point de cette réforme est plus un appel à la réflexion. Cette mesure verrait la mise en place de la consultation électorale sur la base des circonscriptions. Il serait débattu de ce qu’une circonscription doit devenir. Doit-elle disparaître ? Totalement ou partiellement ? Et même, pourquoi pas, doit-elle rester sur le principe d’un territoire ? Car aujourd’hui, un territoire peut rassembler une multitude de profils qu’un député ne peut pas appréhender et donc représenter. Si la question de la pluralité des groupes sociaux au sein même d’une même circonscription est difficilement utilisable pour la définition d’un corps électoral local, cela permettrait au moins d’entamer le débat sur la représentativité de nos élus.

La troisième mesure est la révocation citoyenne. Dans le cadre de cette réforme, 25 % des électeurs pourront demander un référendum révocatoire contre un élu. De ce fait, toute personne élue pourrait se faire révoquer. En conséquence, 25 % des citoyens d’une ville pourraient demander la révocation d’un maire et même 25 % des citoyens français pourraient demander la révocation du président de la République. Le référendum, qui suivrait une demande de révocation, devrait enregistrer un taux de participation et un choix de la mention « oui » supérieure à 50 %. Le dernier volet de ce projet de réforme porte sur le législatif. On distingue deux mesures majeures. La première est la constitutionnalisation du nombre de citoyens représentés par un député. De ce fait, le nombre de députés ne pourra qu’augmenter qu’avec le nombre de citoyens représentés. La seconde mesure est la suppression du Sénat, qui serait remplacé par une autre assemblée. Cette assemblée serait constituée, d’un tiers de personnes élues par les grands électeurs – comme actuellement pour les Sénateurs – d’un tiers de personnes choisies parmi les partenaires sociaux – comme les membres du Conseil Economique Social et Environnemental – et d’un tiers choisi par le président de la République et de l’Assemblée nationale – comme les membres du Conseil Constitutionnel. Cette assemblée n’aurait pas à se saisir de tous les projets de loi. L’idée est que la saisine de cette assemblée soit calquée sur celle du CESE — saisine du gouvernement, de l’Assemblée Nationale, sur pétition citoyenne de 500 000 signataires — à l’exception d’une autosaisine pour éviter de revenir à la pratique du Sénat. Quand cette assemblée aurait à travailler sur un texte de loi, elle aurait le même pouvoir d’amendement que celui dont elle dispose aujourd’hui. Avec la disparition du Sénat, le président de la nouvelle assemblée ne serait plus le troisième personnage de l’État. De ce fait, ce serait le président de l’Assemblée Nationale qui prendrait la place du président de la République dans le cas d’indisposition.

Il apparaît que nos institutions ne soient plus en relation directe avec nos concitoyens. Grâce à cette réforme, le citoyen redevient l’élément central de la vie politique de la nation. Il peut dès lors intervenir, peser sur le débat et faire valoir ses droits. Demain une VI° République…

Grégoire Perrot

BILLET D’HUMEUR

« Moi, j’ai beaucoup de patients qui me disent qu’ils iront voter Le Pen »

 La phrase écrite ci-dessus peut faire frémir et cela est compréhensible. Cependant, elle révèle la situation désastreuse de notre vie politique, de l’incompréhension de beaucoup, de l’égarement des électeurs de gauche et de droite. Vous vous demandez sûrement comment ou plutôt qui a dit cela ; je me dois de préserver l’anonymat de mon interlocuteur. Mais je prendrai le temps de vous l’expliquer et de vous présenter une interview plus qu’intéressante.

J’ai, depuis quelques temps, des problèmes aux pieds. Afin de soigner ce mal, j’allais chez une podologue, dans le XVIIème arrondissement, un quartier du Nord de Paris qu’on pourrait qualifier (pour une partie) de populaire. Je me dirigeai donc chez cette podologue. Pendant qu’elle m’opérait le pied, je m’occupais de lui parler, parfois de chansons mais souvent de politique : Sarkozy, Juppé, Hollande, Fillon et Le Pen ; voilà tous les sujets qu’on pouvait aborder.

Puis un jour, j’ai eu l’idée de l’interviewer car elle représente cette France qui travaille, qui se lève tôt, elle est de cette classe moyenne prolétarisée. Elle fait partie de ces révoltés, de ces égarés. Il faut parler aux gens, leur demander, discuter avec eux ; c’est la seule façon de comprendre le vote FN.

Je commençai donc par lui poser cette question : « où vous situez-vous dans l’électorat français ? ». Elle me répond sans hésitation : « A droite ». « Et pourquoi ? » ; « Car c’est la politique la plus raisonnable, la plus équilibrée, alors que la gauche, elle, veut tout partager. Non. Je ne suis pas pour ça ! ».

Nous continuons l’interview, je lui demande : « Je sais que vous êtes allée voter à la primaire de la droite, mais ce que je ne sais point, c’est pour qui avez-vous voté ? ». « Pour Fillon » me rétorque-t-elle. « Pourquoi ? ». « Car c’est le plus proche de mes idées » ; « Est-ce que le fait qu’il soit chrétien et qu’il l’exprime publiquement, vous a influencé ? ». Elle prend un certain temps pour me répondre et d’une petite voix hésitante elle me dit : « Un peu, je dois dire ».  « Pourquoi ? ». « Car le catholicisme exprime une idée humaniste, une justice sociale » « Qu’est-ce qui vous plait chez Fillon et dans son programme ? » ; « Je dirai tout d’abord sa droiture, et dans son programme tout me convient ». « Et le fait qu’il soit mis en examen a-t-il changé votre vote ? ». Froidement, elle me lance : « Non, pas du tout, on cherche à le faire perdre. C’est tout. Moi je voterai pour lui au premier tour ». « Imaginons (ce qui devient de plus en plus probable), qu’il ne soit pas au second tour, et qu’il y est une opposition entre Macron et Le Pen, pour qui votez-vous ? ». A ce moment-là, je m’attendais à ce qu’elle dise Macron, car, en quelque sorte, le front républicain l’oblige. Mais la réponse est toute autre et elle fut rapide, directe et froide : « Le Pen ». Je m’empresse de lui poser l’ultime interrogation : « Pourquoi ? ». « Macron, c’est Hollande. Je n’aime pas Macron, c’est un socialiste ». « Qu’est-ce qui vous influence dans ce vote ? ». Elle me coupe pour me préciser : « Je n’ai jamais voté Le Pen, mais ce qui m’influence énormément, c’est… l’Islam. Oui, la place de l’Islam » ; « Moi, j’ai beaucoup de mes patients qui me disent qu’ils iront voter Le Pen, à cause de la place qu’a pris l’Islam ». Dans ces mots, on pourrait aisément trouver toutes les preuves d’une islamophobie, mais l’intonation de sa voix ne le faisait pas sentir. C’était juste un « ras le bol ». Elle continua : « Le burquini, le voile, avec tout ça on ne se sent plus en France ». « Et ça, c’est ce qui influence le plus votre vote ? ». « Oui, totalement ». Elle prolonge son discours : « Avant, on n’avait pas de problèmes avec les musulmans, on vivait très bien avec eux, ensemble. Pareil avec les juifs, on n’a pas de problème avec eux et on n’en a jamais eu car ils ne montrent pas à tout le monde leur religion ! ». « Vous êtes pour une véritable laïcité, c’est-à-dire : pas de signes religieux dans les lieux publics ? ». « Oui, exactement ».

La discussion se déroula fort bien. Quelques minutes plus tard, nous atteignons les dernières questions : « Ne pensez-vous pas que si Marine Le Pen est élue, sa politique ne fonctionnera pas ? ». En accord avec ma question, elle m’explique : « Bien sûr, elle ne fera rien. Rien. Elle n’aura pas de majorité et la rue la bloquera. Mais vaut mieux ça qu’un Macron ». Cette logique me paraissait étrange, mais dans ce climat de tension et d’incompréhension, cette idée apparaissait comme acceptable.

Elle conclut cette longue discussion par cette phrase simple mais qui pourrait offrir un bon résumé de notre situation politique : « Il nous faudrait un de Gaulle ».

Sources photo : © 2017 Front National Vienne (FN 86).

Corentin Masson

Le Billet d’Humeur

Fillon ou la tragédie de la droite française

 

 Nous assistons à un désastre politique, pis que cela, une tragédie. Jamais la droite n’avait connu une telle déroute. Le bateau Fillon coule et sombre doucement mais surement. On ne peut l’arrêter. C’est un naufrage voire une bataille navale où les pirates auraient des têtes de juge. Le capitaine semble perdu, égaré dans l’océan présidentiel, éloigné des deux grosses flottes qui porteraient comme insigne : FN et EM. La droite est pour l’instant dans l’impasse car son avenir relève de l’imagination. Le centre l’abandonne, des hommes forts du parti LR quittent le navire et appelleraient à mettre à la place un autre capitaine. Même les plus fidèles lieutenants de Fillon se découragent sachant que tout est foutu. Pourtant, la droite semblait être la seule à pouvoir gagner cette élection et le processus de reconquête avait été bien lancé. Souvenez-vous.

Les primaires : un cadeau empoisonné ?

Les primaires de la droite et du centre étaient une occasion pour rassembler un nombre de Français important. Ce fut une élection qui relevait d’une démocratie pleine et entière. Un mouvement sans précédent fut créé, les électeurs ont été au rendez-vous : 4 millions se sont déplacés. Un vote massif. Le peuple de droite a été appelé ; il a répondu. Dans cette élection, qui était nouvelle pour LR, fut le spectacle de multiples visions, de multiples candidats. Nous avions le trio des sondages : Sarkozy, Juppé et Le Maire. Il y avait Fillon, l’ultra-libéral, NKM, la modérée, Poisson, le chrétien, eurosceptique, et enfin Copé, candidat de la droite décomplexée. La victoire fut attribuée à François Fillon : une victoire large, un raz de marée avec environ 64% de suffrages. Le candidat choisi fut celui de la droite traditionnelle, bourgeoise. Cela faisait longtemps que le camp gaulliste n’avait pas eu un candidat aussi à droite (sur les questions économiques et sociétales). La démocratie a parlé. Mais l’aveuglement médiatique fit perdre la raison à beaucoup : car tous les spécialistes aimaient à dire que la primaire de la droite était, en fin de compte, le premier tour de l’élection présidentielle. Sauf que ce bel effort n’eut comme retour que des affaires judiciaires et autres scandales. Maintenant, tout semble perdu pour le soldat Fillon. La primaire aura donc servi à rien puisque le projet est entaché. Le bon chrétien qu’il était, le gendre idéal qu’il représentait, n’est aujourd’hui que blagues : les rires sur lui se font de partout, les critiques fusent. Il coule et ne peut rien faire. Beaucoup vive cet événement comme une trahison, un coup de poignard dans le dos. Fillon est passé de l’homme du travail à l’homme des emplois fictifs. Le camp des Républicains est déchiré. La tragédie de la droite française se fait en ce moment. Nous pensions que les affaires étaient terminées, et bien il faut croire que non. La droite est presque finie et la gauche n’existe plus.

Quelle solution pour la droite ?

A ce jour, l’avenir de la droite est indécis. Il nous reste qu’à supposer un scénario. Soit elle se divisera, se séparera, les plus modérés et les plus ambitieux iront vers Macron. Ils y trouveront surement un poste important et se feront oubliés par leur ancien parti. D’autres, les plus à droites, resteront ou prendront la décision de rejoindre une voix plus extrême. Soit elle restera unie dans une opposition farouche au pouvoir en place. Que deviendra la droite ? Sera-t-elle effacée ? Tant de questions légitimes. Peut-être que le temps est venu de laisser place à d’autres mouvements.

Une autre solution se dessine, bien sûr : la victoire. La victoire peut-elle s’offrir à Fillon ? Tout est possible dans une élection, n’oublions jamais cela. L’électeur est tellement volatil, il change d’avis comme de chemises. Il ne sait pour qui voter, il ne prend sa décision que la veille du vote. Il faut peu de choses pour dégoûter un électeur : il suffit d’avoir des affaires, ou de dire des monstruosités. L’électeur est tellement surprenant car il aime tromper : tromper, qui ? Eh bien, les sondages, les médias, il aime voter contre les vainqueurs prévus.

Fillon, le rêve empêché :

Le point était presque atteint, emporté dans un enthousiasme, par un vote plus que large, par un soutien presque absolu, la victoire était au bout de la rue. Mais il a fallu, les emplois fictifs, les affaires, les scandales. La justice tranche : le pauvre Fillon est mis en examen. Mais il est persuadé qu’il est le seul à sauver la situation désastreuse de la France. Il est aujourd’hui ce que les gens détestent. Il est à ce jour l’incarnation du politicien qui triche, qui paye trop et qui n’est, au grand malheur de beaucoup, loin de la réalité quotidienne des Français. Ainsi la droite se risque au pire, et l’échéance à venir semble bien être insupportable pour le camp gaulliste.

Mais si la victoire tant espérée ne s’accomplit pas, que ce rêve se conclue donc par un échec, ne serait-ce pas à cause du statut du candidat ? Serait-ce parce qu’il n’a fait que de la politique ? Et qu’il n’est devenu qu’un quelconque professionnel ? La vie de François Fillon n’est rythmée que par la politique, elle pourrait même la résumer. Tout est pour lui politique.

Les Français paraissent en avoir marre de ces « clones », ces « copies ». La politique est devenue, au fil du temps, un métier, une fonction. Or, cela doit être bien plus que cela. Elle est un engagement, une volonté exprimée, un amour pour son pays transmis à tout le monde. L’intérêt général doit passer avant le reste, la sûreté de la Nation est au-dessus de tout, les risques sont au centre de tout, la raison d’Etat, comme disait Richelieu, est au milieu de la politique menée, le pouvoir personnel n’existe pas, le peuple ne fait qu’un, seul un dictateur, un tyran s’y oppose.

Loin de moi l’idée de dire que Fillon est un tyran. Non. Il représente la conformité, l’élitisme du système. Cette conformité maladive s’est aggravée par la mise en examen.

Une reprise nécessaire

Qui pour reprendre ce bateau ivre ? S’il n’accède pas au second tour des présidentielles, Fillon serait sûrement remercié. Alors, un autre chef devra prendre les rennes : qui ? La mort politique de Fillon n’est pas encore signée mais elle se devine. Il faut un autre pour redresser l’entreprise épuisée, mais qui pourrait représenter le renouveau, la modernité. Une nouvelle image doit être donnée à la droite française. Le choix sera plus que difficile ; mais il est nécessaire de le faire. La mort de la droite française ne sera qu’un vulgaire cadeau pour son extrême. On laisserait les électeurs incompris vers des terres dangereuses ? Le parti gaulliste doit se reprendre en mains. Quel homme ou quelle femme peut redresser le bateau échoué de la droite ? Seul un avenir prochain nous le dira. Si Fillon meurt politiquement, le camp en question sera sujet à des disputes, à des petits arrangements. Alors les vieux démons de la droite réapparaîtront comme par enchantement : la guerre des clans se rouvrira. Un « Balladur-Chirac » ou un « Fillon-Copé » : voilà ce dont nous serons spectateurs.

Sources photo : MEHDI FEDOUACH / AFP

Corentin Masson

Billet d’humeur

La fin d’une partition politique ?

Depuis des décennies, notre scène politique était constituée de deux composants, de deux atomes inséparables marqués par une opposition idéologique (aujourd’hui disparue) qui s’est vue à chaque second tour des présidentielles (ou presque). Mais il semblerait, et ce n’est qu’une hypothèse, que l’échéance à venir n’offre pas cette opposition. Nous observons avec attention que les deux partis qui étaient jusque-là rois de ces élections puissent devenir de simples figurants. Les deux partis s’effondrent ; Les Républicains et son candidat se détruisent avec le « Pénélopegate » pendant que le Parti Socialiste est encore au plus bas dans les sondages.
Après l’observation de ces deux problématiques, une question doit être, à mon sens, posée : comment en est-on arrivé là ?
Pour que vous compreniez toute la complexité de l’affaire, il serait nécessaire de développer et de présenter tous les points principaux de cette fin de règne. La fin d’un pouvoir séparé et partagé entre la droite et la gauche.
L’objectif de ce texte est d’expliquer ce qui compose les deux plus grands camps politiques. Et de répondre à de nombreuses questions : qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ? Pourquoi les deux camps, majoritaires pourtant, semblent-ils épuisés aujourd’hui ?

La droite : son origine, ses idées et son égarement.
A l’origine, le nom même de « droite » fait référence au placement des députés pendant la Révolution : celui qui était pour la mort du roi se positionnait à gauche du président de l’assemblée, et celui qui était contre l’exécution du monarque se plaçait à droite. C’est donc sur ce point que la première différence s’est faite.

Au cours du XIXème siècle (car c’est sous ce siècle que l’idéologie politique s’est formée avec insistance), la droite semble dominer le débat politique : nous assistons, en effet, à la naissance de trois courants qui forment l’origine, le noyau de la droite française. Ces trois mouvances exposent trois idées bien précises : tout d’abord, ce qui constitue presque le fondement de la droite traditionnelle, c’est le royalisme, le monarchisme : dans cette thématique, deux courants se construisent, l’orléanisme et le légitimisme. Ce dernier est la branche sans doute la plus conservatrice, car elle tient sur un principe simple : la monarchie absolue. Le catholicisme est bien entendue la religion d’Etat, le roi a bien sur tous les pouvoirs ; il n’y a que le Christ qui s’élève au-dessus du monarque. Ce royalisme acharné semble représenter la branche la plus conservatrice, la plus radicale de la droite ; et s’est illustré d’ailleurs, sans grand succès, par l’accession du Comte d’Artois sur le trône de France. Mais le légitimisme se met en opposition avec l’orléanisme ; à l’inverse ce courant expose une vision d’un pouvoir plus libérale, au niveau de l’économie et des mœurs (à une certaine échelle néanmoins). Les maîtres mots de cette mouvance sont : libéralisme, modération et bourgeoisie. L’orléanisme est issu du nom Orléans (une branche de la famille royale). Cela a une réelle signification car lorsque Louis-Philippe d’Orléans est appelé à gouverner la France, il intègre, au grand bonheur des libéraux, républicains et jacobins, les idéaux de la Révolution et de l’Empire (il se fait appeler « Roi des Français », accepte le drapeau tricolore…) mais, au grand malheur des légitimistes, dénature le rôle même du roi. C’est donc au cours de ce siècle que ces deux mouvements ne cesseront de s’affronter.

D’autre part, la droite française contient, en ses rangs, une racine profonde qui existe et perdure encore et encore : le bonapartisme. Né du nom de l’empereur Napoléon Ier, il est essentiellement construit sous le règne de son neveu : Louis Bonaparte, dit Napoléon III. Cette pensée politique présente plusieurs caractères : premièrement, le pouvoir de l’Etat est essentiel (surtout au niveau économique), le libéralisme à caractère modéré est inclus et l’avancée sociale est primordiale au beau fonctionnement de l’économie du pays. D’un autre point de vue, et sur une vision constitutionnelle et institutionnelle, le bonapartisme accepte et intègre les idées de 1789 et, oserais-je dire, utilise la démocratie. Si nous prenons l’exemple de Napoléon III : l’exercice du pouvoir est, dans un premier temps, autoritaire. Mais la légitimité populaire reste au centre de la politique de l’Empereur (les plébiscites ont été nombreux).

On retrouve aujourd’hui, quelques résidus de ces courants. Mais il en est ainsi ; la droite s’est modifiée, transformée, métamorphosée : le bonapartisme est resté très puissant au début de notre Vème République (Mitterrand aimait à dire que le général de Gaulle était bonapartiste). En effet, il semble, et avec assurance, que le vieux général présente tous les points pour être qualifier de tel. Mais le courant qui, à mon sens, a persisté, c’est l’orléanisme. Devenu le centre droit de la politique moderne, il se range dans la nouvelle droite, modérée, ouverte, tolérante.

Aujourd’hui, je ne sais plus où la droite est ; où se range-t-elle ; est-elle pro-européenne, eurosceptique ; est-elle libérale, ultra libérale ? C’est dans cette incompréhension latente et durable que les électeurs sont appelés à voter. Où est la droite ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Elle parait perdue entre LR, Rassemblement Pour la France, Mouvement Pour la France, Debout la France, UDI et le MODEM. Entre tous ces partis, entre tous ces mouvements, lequel est gaulliste, lequel est libéral, lequel est souverainiste… Je me sens perdu, comme les millions d’électeurs je ne fais plus la différence. Car en effet, et c’est triste à dire, la droite s’est égarée ; il faut qu’elle se retrouve ; qu’elle retrouve sa nature première. Elle est même rejoint par la gauche, au centre, dans l’idéologie libérale ; mais nous reviendrons sur ce point.

La gauche, la déception d’un siècle.
Descendez, demandez, interrogez les gens : demandez-leur ce que veut dire la gauche ? La gauche, à l’inverse de la droite, repose sur des principes beaucoup plus républicains, beaucoup plus démocratiques. On résume généralement le mot gauche à la laïcité, l’égalité, la justice sociale, et d’autres expressions. Mais elle est plus complexe que cela ; plus contradictoire. Elle se mélange entre le libéralisme, le marxisme, le socialisme, l’anarchisme, le socialisme libertaire, le socialisme radical, le socialisme autoritaire… Mais si la gauche a pu exister, c’est grâce à ces trois mouvements de départ : le républicanisme, le jacobinisme et le libéralisme. Elle s’est également formée grâce à des penseurs, grâce à des personnages etc…

La gauche depuis trois siècles s’est constituée autour de trois grands atomes, formant une molécule compacte. A la grande différence de la droite, l’idéologie dite de gauche a su persister. Trois pensées qui se rejoignent sur un même point : la république a tout prix. Mais cette course perpétuelle qui n’a pour seul but un pouvoir républicain, offre une manière de gouverner différente pour chaque parti.

Le XIXème siècle connait une vague libérale. Les monarchies sont ainsi, soient balayées, soient transformées, modifiées. La France en paye le prix fort avec la monarchie de juillet. Les libéraux deviennent presque les maîtres de ce temps ; ils arrivent à se faire entendre, grâce notamment à de nombreux intellectuels, et grâce également aux combats de l’époque. Les libéraux se basent sur des principes simples : les libertés individuelles, le libéralisme économique et enfin la diminution du rôle de l’Etat. Le libéralisme se met dans une position très ambiguë ; il est à la fois l’ennemi du socialisme mais il est aussi son ami, il est le combattant du conservatisme mais est également son allié. Le libéralisme est la doctrine la plus malsaine et la plus contradictoire de notre temps. Elle se place au centre mais pactise avec la gauche et la droite. Les libéraux sont bien sur des démocrates, leur modèle le plus cher est celui d’un système parlementaire, c’est le règne de la dictature de la majorité comme l’expliquait Tocqueville. Les libéraux sont inclassables, ce sont les « marchandeurs » du pouvoir ; ils pactisent avec tous ; la Nation pour eux n’existe pas, la patrie n’est plus, le marché prend le dessus sur tout. Le rêve du libéralisme, et il s’est bientôt accompli, réside dans la fin de l’Etat.

Les jacobins, cette branche de la gauche, la plus radicale de toute, retient un principe qui se dresse en opposition avec le libéralisme : le pouvoir excessif de l’Etat. Les jacobins présentent une idée bien précise : une République autoritaire, qui assume son ordre, puis, surtout, le pouvoir doit être centralisé ; la République est à Paris. Cet autoritarisme assumé s’est vu à l’œuvre : il a donné les heures les plus sombres de la Révolution : la Terreur (1793-1794). Les massacres se multipliaient au nom d’un processus révolutionnaire ; toute cette barbarie dirigée par le comité de Salut public où l’on compte Robespierre (le chef), St Just, Collot d’Herbois, et tant d’autres. Pas de pitié pour les ennemis de la Révolution ! Dans cette période, les massacres, les pillages sont fréquents : les clercs, les nobles, les vestiges de la monarchie sont détruits, bafoués, violés soient par des Sans Culottes suivis par les Montagnards, soient par les mouvements populaires pris dans le feu de l’action, emportant avec eux des centaines et des milliers de mort. Sous la Terreur, l’anarchie (dans le sens de désordre) est reine, on laisse les tueries se propager sans les arrêter, et même, elles sont encouragées ; mais comme l’expliquait Platon : l’anarchie est liée à la Tyrannie (plus précisément, la démocratie mène à l’anarchie, et celle-ci conduit à la tyrannie), du fait que le pouvoir jacobin a combiné ces deux poisons, créant un mélange de non-droit et de barbarie légale ; tout le contraire de la pensée même de la Révolution s’est produit. De plus, ce processus ultra-révolutionnaire a donné le premier exemple du totalitarisme ; rappelons tout de même que cette période n’est qu’un avant-gout de la grande terreur stalinienne produite à la fin des années 1930. Mais cette idéologie semble s’être imposée dans la gauche, car cette culture jacobine est restée ; l’ADN jacobin a persisté : Paris est le centre de tout, la République est toujours présente, et l’héritage politique de cette pensée s’est transmise notamment dans la gauche de la gauche, celle de Mélenchon.

Un autre mouvement marque les monarchies post-révolutionnaires : c’est le républicanisme, en clair les républicains. Ce sont avant tout des modérés, des progressistes proches des libéraux, ils représentent une grande majorité de la gauche. Les républicains ont toujours été une force à gauche : notamment dans les débuts de la IIIème République. Ainsi, les républicains se divisent, à travers l’histoire, en deux catégories : il y a en effet, les républicains libéraux et les républicains socialistes. Les républicains remplacent politiquement et non idéologiquement les jacobins. Ces derniers cesseront d’exister pendant un certain temps.

La gauche s’est également renforcée par le nombre d’intellectuels : Marx, Proudhon, Bakounine, Blanc, Michel, Hegel, Jaurès… Car tous ces grands penseurs ont fondé l’idéologie socialiste (l’anarchisme également), et par-delà, bâti la gauche d’aujourd’hui. Car quel est le parti de la gauche aujourd’hui ? C’est le parti socialiste, même s’il se meurt. Bien que le parti communiste fût devenu (dans les années 60) le premier parti de France, il convient de dire que la gauche moderne s’est présentée aux yeux des Français sous la forme d’un parti appelé socialiste.

Le libéralisme : un bain mortel.
La gauche n’existe plus, la droite s’est égarée : voilà le constat qui est dressé. Aujourd’hui, nous observons, avec effroi, que les deux partis majoritaires de ce pays se sont noyés, pendant 30 ans, dans une idéologie libérale portant le nom singulier d’Europe. Car il est dit que le Traité de Maastricht en 1992, encouragé par Mitterrand, était une porte beaucoup trop ouverte sur la mondialisation. Laissant naître un ultralibéralisme, consumant les souverainetés des pays et la puissance de l’Etat : la droite et la gauche ont offert la France au libéralisme. Mais avant de procéder à cette offrande honteuse, plusieurs plans de réformes, plusieurs décisions ont bâti le libéralisme ambiant.

Privatisation par privatisation, nouveaux impôts se succédant, la France vit avec une complexité puissante : elle est soit trop sociale, soit trop libérale, ce qui nous range dans une problématique économique immense. Que le gouvernement soit de gauche ou de droite, le résultat est le même : la montée des extrêmes. Ce bain mortel appelé libéralisme ne fait naître que des fruits malades, presque pourris. Le centrisme européen est devenu roi : centre droit, centre gauche se sont rejoints pour prier le Dieu européen. Mais là où la gauche a perdu la partie, c’est qu’elle s’est trahie sur des principes qui relèvent d’une pensée strictement démocratique. Souvenons-nous qu’en 2005, le NON l’emporté à 55%. Un NON massif qui a été pourtant effrontément gommé.
Croire que la France sortirait de la crise sans l’Europe ; croire que la France pourrait s’imposer dans le monde de demain sans l’Europe serait idiot, inconscient et non réfléchi. L’UE est une organisation qui doit être gardée mais modifiée. Il faut créer une assemblée européenne qui n’aurait pour seul but que de protéger les peuples de notre belle Europe. Car il est certain qu’aujourd’hui, et demain, le débat démocratique se fera entre un pro-européen et un eurosceptique.

Corentin Masson

Nouvelle Rubrique: le billet d’humeur.

La Classe Média inaugure une nouvelle rubrique : le billet d’humeur. Des événements, des prises de positions  politiques, économiques, des choix institutionnels peuvent susciter chez nos journalistes, habitués à rendre compte de l’actualité quelle qu’elle soit, des réflexions, des réactions qu’ils livreront dans cette rubrique. Elle témoigne d’une mise à distance par rapport au flot d’informations qui nous submerge quotidiennement et elle permet l’expression d’un point de vue libéré de l’exigence d’immédiateté qu’impose la transmission d’une actualité brûlante. Nous commencerons par un premier article sur le droit de grâce présidentielle.

Le droit de grâce

Le président de la République possède un droit. Ce droit, s’il décide de l’exercer, permet d’abandonner les charges portées sur un accusé. Il permet de réduire considérablement le temps de prison d’un individu, voir même de le supprimer complètement. Le Président de la République possède de cette manière le dernier mot, il peut ne rien dire comme alléger les peines d’une personne jugée coupable, s’il trouve cela plus juste. Ce droit est le droit de grâce.

Le droit de grâce a-t-il la même utilité aujourd’hui qu’à l’époque des rois ?

Il existe depuis bien des décennies. Celui-ci était déjà utilisé au temps des rois de France. Ceux-ci l’employaient à l’époque pour gracier un condamné à mort, empêchant ainsi son exécution. De nos jours, en France, la peine de mort n’existe plus, c’est pourquoi le Président de la République, s’il l’exerce, peut simplement réduire ou supprimer le temps de prison d’un accusé. Ce droit attribue donc un pouvoir au Président de la République, mais un pouvoir cependant moins important qu’à l’époque des rois, qui avaient la capacité de décider si une personne allait continuer de vivre, ou mourir.

photo-de-jacqueline-sauvage-durant-son-proces-source-lexpress L’exécution de ce droit comme son non-exécution a d’ailleurs entraîné diverses polémiques, comme par exemple le cas de la récente affaire de Mme Sauvage. Le 10 décembre 2012, cette femme a assassiné son mari Norbert Marot par trois coups de fusil dans son dos, pendant son sommeil. Ce dernier la battait quotidiennement et s’en prenait sexuellement à leurs enfants. Le Président de la République, François Hollande, a par la suite décidé de lui accorder le droit de grâce total, en raison du désespoir de cette femme, et de ses conditions de vie. Mme Sauvage a de la sorte été libérée et a donc pu sortir de prison plusieurs années plus tôt que prévu. Ce choix a néanmoins été quelque peu problématique car il laissait entendre que toutes les femmes maltraitées par leurs conjoints pourraient s’autoriser à les tuer. Cette décision pouvait être mal interprétée, c’est pourquoi une question demeure alors : fallait-il ou non gracier Jacqueline Sauvage ? Personnellement, je pense qu’elle méritait qu’on lui raccourcisse son temps de prison, sans qu’on le  supprime totalement. Je comprends ses raisons d’avoir agi de cette manière, mais malgré tout, l’acte qu’elle a commis reste un meurtre, c’est pourquoi je pense qu’il aurait été préférable de raccourcir son temps de prison, mais pas de le supprimer intégralement.

Le droit de grâce, un droit qui a donc plus ou moins la même utilité que dans le temps. Il permet dans les deux cas d’abréger les peines attribuées à un individu dans le but de rendre la justice. Mais dans un cas il s’agit de la peine de mort, tandis que dans l’autre il ne s’agit que de prison. L’intérêt du droit de grâce a donc évolué avec la société.

Qu’en sera-t-il dans plusieurs années, le droit de grâce sera-t-il toujours d’actualité ?

Source photo : lefigaro.fr

Hugo MUNUGLIA-RAYNAL.

Un autre point de vue:

Le droit de grâce

L’affaire de Jacqueline Sauvage soulève de nombreuses interrogations sur le droit de grâce. En effet, notre système politique inclut plusieurs pouvoirs au corps exécutif, parmi eux, le droit de gracier un individu. Le droit de grâce a pour but d’arrêter ou de faire éviter la prison à un homme ou une femme. Il n’est soumis à aucun quota, à aucune règle. Alors une question doit être posée : le droit de grâce doit-il être conservé ?
Afin de répondre à cette question, il conviendra d’aborder deux points. Tout d’abord, nous expliquerons en quoi la grâce est un héritage de l’Ancien Régime. Puis, nous montrerons que ce droit affecte l’équilibre des pouvoirs.

Le droit de grâce est un immense pouvoir, un pouvoir quasi divin. Il est de mon point de vue un vestige du passé. C’est sous l’Ancien Régime qu’il est apparu. En effet, le souverain a sur ces sujets un pouvoir de vie ou de mort. Les rois peuvent, tout comme les empereurs romains, empêcher une exécution ; le monarque se met alors au niveau de Dieu. Cet acte est resté tout au long de notre Histoire à travers les différentes constitutions un privilège attribué à nos dirigeants.

Gardons à l’esprit que le président est le gardien de notre constitution, mais ses pouvoirs restent exceptionnels. Il en possède un considérable qui se substitue au pouvoir judiciaire: le droit de grâce. C’est sous nos anciennes républiques que le droit de faire grâce était un atout politique pour le chef de l’Etat. C’est un pouvoir divin donné à un républicain. Mais ce pouvoir n’a de sens que si la peine de mort existe ; dès qu’elle n’est plus, l’utilité du droit de la grâce disparaît.

En 1981, le candidat socialiste, François Mitterrand, est élu président de la République. Il promet une chose : abolir la peine de mort. C’est Robert Badinter, le nouveau garde des sceaux, qui concrétise cette proposition par le vote de l’Assemblée. Dès lors, la guillotine est rangée dans les cartons de l’histoire. A partir de ce moment-là, la valeur première du droit de grâce est devenue obsolète. La grâce présidentielle est donc pour moi un héritage monarchique. De plus, son existence est d’un autre temps, puisque la peine de mort est abolie. Par ailleurs, il y a un autre point qui justifie la disparition de ce privilège présidentielle. C’est qu’il remet en cause la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu. Toutes les démocraties, à commencer par la monarchie anglaise, s’inscrivent dans cette logique. Cette séparation met en scène 3 corps : l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Or, notre système politique n’admet pas totalement cette idée.

L’affaire Sauvage montre une confusion des pouvoirs ; le pouvoir exécutif intervient dans le pouvoir judiciaire par le biais du droit de grâce. Nous en déduisons que le pouvoir du président ne respecte point la neutralité de la justice, et pis encore elle l’entrave. Le droit de faire grâce ne s’inscrit donc pas dans l’idée d’une démocratie moderne. Il est alors un facteur de déséquilibre du pouvoir.

Nous en tirons une pensée précise : le droit de grâce est un héritage monarchique qui entrave la séparation des pouvoirs et par-dessus la démocratie elle-même. Pour moi, la grâce aurait du être abolie au même instant que la peine de mort.

Corentin Masson