Affaire Fiona : la justice contre l’émotion

Au cours de l’année 2013, de nombreux habitants de Clermont-Ferrand se sont mobilisés pour partir à la recherche d’une fillette de 5 ans, Fiona, déclarée disparue. En effet, au mois de mai, sa mère Cécile Bourgeon avait exprimé sa détresse devant les caméras.

telechargementOr au cours de l’enquête pour retrouver Fiona, Cécile et son compagnon Berkane Makhlouf, interrogés par les policiers, ont avoué que Fiona n’avait pas disparu contrairement à ce qu’ils avaient prétendu pendant des mois, et se sont accusés l’un l’autre de l’avoir battue à mort. Ils ont ajouté qu’ils l’avaient enterrée à « la lisière d’une forêt ». L’enquête a révélé la toxicomanie de la mère et du beau père de Fiona, leurs mensonges et les incohérences de leur récit mais le corps de l’enfant n’a pas été retrouvé. En l’absence d’autopsie, les causes véritables de la mort de Fiona n’ont pas pu être établies.

La sympathie des habitants de Clermont-Ferrand, qui avaient été émus par Cécile Bourgeon lorsqu’elle avait déclarée la disparition de Fiona, s’est transformée en colère haineuse après la mise en examen et les aveux du couple. Lors du procès qui s’est ouvert le 14 novembre dernier devant la Cour d’Assise du Puy du Dôme, le couple a été accusé de « violences ayant entraÎné la mort sans intention de la donner sur mineure de moins de 15 ans, par ascendant ou par personne ayant autorité et en réunion », « non assistance à personne en danger » et de « recel ou dissimulation de cadavre ». Le père de Fiona, Nicolas Chafoulais, sept associations de protection de l’enfance et le propre père de Cécile Bourgeon se sont portés parties civiles. L’avocat général a requis trente ans de réclusion pour le couple. Une foule importante, très hostile aux accusés, comme c’est souvent le cas dans les affaires d’infanticide, s’est pressée aux assises de Riom et pas moins de 70 journalistes sont venus assister au procès.

Le verdict a été rendu vendredi 25 novembre. Berkane Makhlouf a été condamné à vingt ans de réclusion et reconnu seul coupable des coups mortels. A la surprise générale, Cécile Bourgeon a été acquittée partiellement du chef d’accusation de violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Elle a été déchue de son autorité parentale sur ses deux autres enfants mais elle écope de « seulement » cinq ans de prison, ce qui a déchainé la colère de la foule à la sortie du procès. Les parties civiles considèrent que « le mensonge a triomphé sur la vérité » tandis que l’avocat de Cécile Bourgeon se félicite de ce que la cour ait su « se départir de l’émotion et rendre la justice sereinement ». Quant à l’avocat de Berkane Mekhlouf, il envisage de faire appel.

Au-delà de l’émotion que suscite l’assassinat d’un enfant par ses parents, cette affaire a rappelé l’importance de la recherche de la vérité et de l’établissement des responsabilités. L’audience a protesté contre le verdict mais c’est bien un jury populaire qui l’a prononcé en son âme et conscience, estimant que les éléments à charge contre Cécile étaient insuffisants et que le doute devait, comme c’est la loi, profiter à l’accusée.

Pauline Griton

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