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S’informer à travers le temps…

Est-il encore possible de s’informer ?

L’origine du mot « média » vient du latin « medium » (« média » au pluriel) qui se définissait comme milieu ou centre. Au XVIe siècle, la langue anglaise a emprunté ce mot mais sa définition s’est transformée en « moyen de communication ». Du Moyen-Age jusqu’à nos jours la presse et les moyens de communication plus généralement, ont subi de nombreuses révolutions commençant par l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1450. Le papier était déjà maîtrisé par la Chine depuis le VIIIe siècle, mais la lecture était réservée à une élite alphabétisée et dû au temps de fabrication, les livres étaient chers et principalement religieux ou historiques. Ensuite de la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle, la presse française a connu son âge d’or grâce à la Révolution Industrielle, la loi de la liberté de la presse (1881) et l’intérêt pour les affaires publiques. Deux décennies après arrive la radio, succédée par la télévision et finalement par Internet pendant les années 1990. Cette dernière bouleverse le monde de la presse et de l’information.
On pourrait donc se demander, est-il toujours possible de s’informer correctement aujourd’hui ? Tout d’abord on verra que l’on peut s’informer ensuite, qu’en réalité c’est devenu bien plus complexe et finalement on verra que oui mais que la presse libre n’existe pas.

Actuellement, en France, il existe aujourd’hui deux libertés indiscutables qui sont indispensables pour pouvoir s’informer : la liberté de la presse datant de 1881 (un acquis de la IIIe République) et la liberté d’expression. Alors qu’au XXe siècle existait le Ministère de l’information et des organismes, tel la RTF précédée par l’ORTF (en 1964), ces deux organes ont été abolis, le premier vers la fin des années 1960 et le deuxième en 1974. Cette liberté, qui règne dans la vie politique française, fait que plusieurs journaux de diverses tendances politiques puissent exister et critiquer ouvertement le pouvoir tels que Le Monde, Le Figaro ou Charlie Hebdo. Dans l’histoire, certains comme La Libre parole de Drumont ont été particulièrement virulents pendant l’Affaire Dreyfus (1894-1906), le premier événement sur-médiatisé en France. La presse s’est divisée en deux : les Dreyfusards et les anti-Dreyfusards. En 1898, Emile Zola a critiqué ouvertement l’armée et le pouvoir publiant un article intitulé « J’accuse ! » dans l’Aurore dans lequel il dénonce les mensonges et l’antisémitisme de l’armée française.
En 1990 arrive Internet. Ceci révolutionne la manière d’informer, de s’informer et même les relations sociales. Aux décennies précédentes, la radio et la télévision étaient la norme pour s’informer, elles permettaient déjà un plus grand accès aux nouvelles et étaient de plus en plus présentes dans la vie des français et françaises avec l’information en continu à partir de 1994. Ce qui a changé avec Internet, c’est que la population a commencé a avoir accès aux médias traditionnels (qui se sont adaptés) de manière gratuite en apparence, partout, tout le temps et de manière interactive. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, qui a commencé pendant les années 2000, la presse a réussi à adapter sa manière de transmettre pour toucher les jeunes générations, qui sont les plus concernés par les réseaux. Les journaux créent des comptes (sur Instagram et Facebook par exemple) et publient leur article avec la partie la plus importante dans le titre pour attirer l’attention des jeunes utilisateurs.
On a donc pu voir que, grâce à la liberté d’expression, de la presse et Internet, il est possible de s’informer aujourd’hui. Qu’en est-il de la complexité de s’informer ?

Malgré l’accessibilité d’Internet et les lois qui protègent la liberté de la presse et d’expression, s’informer est bien plus complexe aujourd’hui. Yves Charles Zarka, philosophe et politologue, expose plusieurs défauts de la presse et des médias. Il la présente comme le quatrième pouvoir qui n’est pas soumis aux principes démocratiques à cause du manque d’un contre-pouvoir. De plus, pour attirer l’attention du plus de lecteurs possibles, les nouvelles sont simplifiées au point de devenir de la malinformation; les « fake news » ont joué un rôle important pour l’élection de Trump en 2016 et Bolsonaro en 2018. La presse a un fonctionnement autoréférentiel, ce qui veut dire que les journaux se copient au lieu de diversifier les informations ou leurs approches. Elle a souvent comme objectif de faire le « buzz » et de trouver le « scoop », ceci est dû à leur modèle économique qui la contraint de faire des bénéfices ; Cnews, par exemple, est une chaine privée, achetée par Bolloré, qui ne cherche qu’à faire de l’audimat en ne souciant pas de la qualité de l’information. Ce quatrième pouvoir est souvent accompagné d’un cinquième : l’opinion Publique. Zarka appelle la présence de ce dernier de la « Tyrannie sans Tyran »; en effet, on peut observe que, dans la plupart des cas, elle censure le reste.
Il est d’autant plus difficile de s’informer car l’arrivée d’Internet a causé une rupture dans la société; on parle de fracture numérique. Pendant que le monde est de plus en plus dominé par le numérique, les personnes âgées et modestes sont atteints de l’illectronisme. Ils représentent 17% de la population française en 2017 et ce chiffre est encore plus important dans les pays en voie de développement. De plus, à cause de l’interactivité d’Internet, se pose la question de la fiabilité. Les infox et le complotisme ont pu se répandre beaucoup plus facilement et surtout dans des pays où la tension sociale est forte tels que les Etats-Unis avec le groupe Qanon, le Brésil, voire la France.
En période de guerre et dans les pays autoritaires, la presse est et a toujours été victime de censure et un outil de propagande. Remontant aux années de 1930, quand le régime nazi de Adolf Hitler est arrivé en Allemagne, le gouvernement a offert une radio a tous les ménages avec le but de diffuser les informations choisies par le chef d’Etat. Même, aujourd’hui lors de la guerre en Ukraine, le régime de Vladimir Poutine a interdit la prononciation du mot « guerre » avec le risque d’aller en prison. De plus, depuis le début du conflit, le chef d’Etat russe propage des infox en disant qu’il veut sauver l’Ukraine du régime nazi. On a donc vu qu’ à cause de l’immense pouvoir accordé aux médias, la mal information, le fonctionnement autoréférentiel, le rachat par des milliardaires, l’illectronisme et la censure accompagnée par la propagande, il est très difficile de bien s’informer aujourd’hui. Qu’en est-il de la presse libre ?

On a donc pu voir que d’un côté l’information est plus accessible grâce à Internet et qu’elle est protégée par la loi de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. D’un autre côté, elle n’est pas soumise aux principes démocratiques, elle répand de l’infox, de la propagande voire même la censure et que l’illectronisme pose un problème. Mais, en réalité, peu importe comment on présente les faits, la presse libre et totalement neutre n’existe pas. A la place, on a des médias d’opinion qui tendent plus vers un courant politique qu’un autre. Pour pouvoir s’informer le mieux possible, il faudrait installer un système de « fact checking » comme lors des débats entre les candidats aux élections présidentielles 2022. Mais le plus important est d’éduquer aux médias, principalement aux jeunes, ils doivent savoir qu’il faut non seulement rester vigilant et vérifier les informations avant de les diffuser, mais aussi il faudrait lire des articles de journaux différents sur un même sujet pour pouvoir soi-même former son propre avis.

Pour conclure, on a pu voir qu’il est possible de s’informer surtout grâce à l’accessibilité d’Internet et aux maintiens des libertés mais que l’arrivée d’Internet a causé de nombreux problèmes de fiabilité, illectronisme, le rachat des milliardaires et de propagande et censure. Mais, la presse véritablement libre n’existe pas et la solution serait d’instaurer un système de « fact checking » et d’éduquer aux médias. On pourrait se demander, quel est l’avenir de l’information dans un monde de plus en plus numérisé ?

Clara Guedes de Castro Saldanha

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Elon Musk, un homme à part.

Le plus riche des riches

Nous parlons bien évidemment d’Elon Musk, le milliardaire sud-africain, naturalisé canadien puis américain, qui fait fortune depuis 2012 grâce à son sens des affaires.

Elon Musk est né le 28 juin 1971 à Pretoria (Afrique du Sud), il devient connu très rapidement car en 2002, il fonde l’entreprise Space Exploration Technologies (SpaceX) afin de concurrencer la NASA et d’abaisser les coûts de la conquête spatiale. Mais plus encore, en 2008 il devient PDG de Tesla Motors, société concevant des véhicules électriques.

En plus de ses activités commerciales, il a proposé en 2013 un projet de transport à grande vitesse connu sous le nom de Hyperloop, et également un avion à réaction supersonique à décollage et atterrissage verticaux avec propulsion électrique.

Après cette généreuse démonstration de ses capacités d’ingénieurs, d’ entrepreneurs, et de chef d’entreprises, il devient en janvier 2021 l’homme le plus riche de la planète avec la modeste somme de 473 milliards de dollars dépassant ainsi Jeff Bezos au classement 2022.

Capture d’écran de BFMTV

Ce 25 avril dernier, Elon Musk, PDG de plusieurs entreprises internationales comme Tesla, SpaceX ou encore Neuralink, a décidé de racheter le réseau social Twitter pour la modique somme de 44 milliards de dollars. La raison de ce rachat est simple. Il souhaite que Twitter soit une application qui soit moins modérée sur la prise de parole et sur la liberté d’expression et où même les conversations les plus dérangeantes soit tolérées, sans préciser les intérêts stratégiques, économiques et politiques qui l’ont motivé à ce rachat. Le but initial de l’application est de permettre à chacun de s’exprimer en 280 caractères. Il compte aujourd’hui près de 330 millions d’utilisateurs. Les adeptes de Twitter sont notamment des relais d’opinion médias, politiques ou influenceurs. L’objectif d’Elon Musk est de donner une idéologie libertarienne aux utilisateurs du réseau social. Ainsi, la lutte contre les harangues haineuses ou la diffusion de fausses informations n’existera plus sur la plateforme. Il n’y aura plus aussi de bannissements, comme celui de l’ex président des États-Unis Donald Trump. Ce rachat présentera de forts risques de dérives dans le débat public et des conflits verbaux ou physiques aurons sûrement lieu.

Pourquoi cette acquisition ? Et quelles peuvent en être les conséquences ?

Elon Musk déclare vouloir racheter l’entreprise au nom de ce principe : « Elle est le fondement d’une démocratie qui fonctionne et Twitter est la place publique numérique où sont débattues des questions vitales pour l’avenir de l’humanité ». Il déclare également vouloir davantage de transparence au niveau de l’algorithme en rendant public le code source et « vaincre les robots de spam et authentifier tous les humains ». En misant sur la liberté d’expression, Elon Musk cacherait en fait un autre projet qui serait de déréguler les contenus et donc de donner une liberté des citoyens et des entreprises contre l’État. Mais ce qui inquiète nombre de personnes, c’est qu’au nom de cette liberté, il devrait être interdit la lutte contre les harangues haineuses ou contre la diffusion de fausses informations. Fini aussi les bannissements, comme celui de l’ex-président des États-Unis Donald Trump.

Alors, Elon Musk mettra t-il son projet à exécution sachant que ce rachat risque des dérives dans le débat public et de se retrouver, lui, dans des conflits avec certains Etats?

Gabrielle Doumergue

Lyes Bendimerad