Blonde : la nouvelle production Netflix fait débat.

Le 28 septembre dernier, un nouveau film est sorti sur la plateforme Netflix : Blonde. Le film se présente comme une biographie « fictionné » de Marylin Monroe, directement adaptée du roman best-seller du même nom sorti en 2000. En effet, le film raconte la descente aux enfers du personnage de Marilyn Monroe ainsi que celle de son alter ego Norma Jeane, la femme se cachant derrière Marilyn Monroe. Ce dernier long métrage du réalisateur Andrew Dominik a cependant fait beaucoup de polémique, que ce soit sur la violence et la cruauté de l’œuvre ou sur le statut de biographie du film.

De la création à la sortie du film.

Après la sortie du livre Blonde de Joyce Carol Oates en 2000, le jeune réalisateur Andrew Dominik, débutant sa carrière, voit immédiatement dans l’ouvrage une adaptation possible pour le 7eme art. Pour raison de droit, il dû attendre 10 ans pour enfin se lancer dans le projet. En 2010, Blonde entre enfin en production. Pendant 9 années, le tournage est constamment reporté. Les producteurs rejoignent et quitte le projet, pour que finalement la plateforme de streaming Netflix vienne financer le long-métrage. L’acteur Brad Pitt s’intéresse aussi beaucoup au long-métrage, et vient participer au financement en se joignant à la production. L’interprète de Marylin Monroe varie aussi beaucoup : Naomie Watts est prévue au départ comme actrice principale, puis Jessica Chastain lui succèdera pour enfin laisser place à Ana de Armas, qui prit une année de cours de chant pour imiter l’ancienne diva. C’est en 2019 que le tournage commence enfin. La sortie est prévue pour 2021, mais elle fut décalée d’un an en raison de désaccord entre Dominik et Netflix : la plateforme veut couper des scènes de sexe jugées trop graphiques et violentes, mais le réalisateur laisse comprendre que ce n’est pas possible. Après un passage à la Mostra de Venise et au festival de Deauville, le film sort, sans récompense, sur Netflix le 28 septembre. Blonde est classifié NC-17, le plus haut palier de classification aux Etats-Unis, en raison des de scènes choquantes.

A la sortie du long métrage, la presse comme le public est extrêmement mitigée : un petit groupe voit le film comme extraordinaire, sortant du formatage habituel des productions Netflix, et l’autre grande partie comme un film insultant Marilyn Monroe, immoral et ne montrant que de l’horreur.

Mais qu’en est-il vraiment ?

D’un point de vue technique, le film est irréprochable. Que ce soit avec les lumières, le format (le film passe souvent du format 4/3 au 16/9 et inversement) ou encore les significations, chaque plan cache une recherche visuelle. Le film alterne de plus entre noir et blanc et couleur, ce qui laisse nombre interprétations à certaines scènes. Andrew Dominik s’amuse aussi à faire prendre vie des photos, en créant des scènes à partir d’anciens clichés. La BO (bande originale) du film est quant à elle enivrante, faisant passer d’une ambiance pesante a la joie en quelques notes ; une utilisation pertinente des musiques est aussi notable. Les acteurs se glissent parfaitement dans la peau de leurs personnages ; Ana de Armas est impressionnante dans son rôle de diva malheureuse : son interprétation en est même troublante tant sa ressemblance avec Monroe est forte.

C’est sur le scénario que le film provoque discussion : une grande partie du scénario est imaginée, notamment des scènes de viol ou de violences qui n’ont jamais eu lieu dans la vraie vie. Beaucoup voit cela comme un manque de respect, ou comme un film mensonger. En effet, le film se définit comme un biopic fictionné, et ce n’est pas en regardant Blonde que vous en apprendrez beaucoup sur Marylin Monroe. Le fim prend la liberté de s’imaginer la relation entre Norma Jeane, jeune femme innocente, et son alter ego entrant en scène sous les projecteurs, Marylin Monroe, la diva sexualisée. Cependant, c’est sur la promotion du film qu’il faut blâmer. Netflix vent le film comme une biographie de la vie de Monroe, et n’insiste pas sur la part de fiction du film. Alors qu’en réalité, le film se concentre sur un aspect de la carrière de la défunte, qui est sa sexualisation, son statue de femme objet et sa double vie en tant que Marilyn Monroe et Norma Jeane : « Pourquoi Marilyn Monroe est-elle la grande icône féminine du XXe siècle ? Pour les hommes, elle est un objet de désir sexuel qui a désespérément besoin d’être secouru. Pour les femmes, elle incarne toutes les injustices infligées au féminin, une sœur, une Cendrillon, condamnée à vivre parmi les cendres […] Je veux raconter l’histoire de Norma Jean en personnage central d’un conte de fées ; un enfant orphelin perdu dans les bois d’Hollywood, consumé par cette grande icône du vingtième siècle. » déclare Andrew Dominik. Les parties du scénario n’ayant jamais existé ne sont là que des éléments pour accentuer l’idée principale de l’œuvre. Le film est même féministe, a l’instar de certaines critiques criant l’inverse.

Personnellement, je pense que Blonde est un très grand film, marquant, créatif et proposant une vraie vision d’auteur. Il n’est pas parfait, il est vrai que certaines scènes de sexe auraient pu être moins explicite, mais cette violence participe tout de même à accentuer le message du film. Je pense que l’œuvre amène un vent frais dans le monde du cinéma, à une époque ou le septième art se formate pour toucher tous les publics ; Blonde est inclassable, mélangeant la fiction, la réalité et l’horreur. Je préfère sincèrement un film biographique proposant une certaine vision d’une célébrité en prenant des risques et en tentant de nouvelles choses qu’une biographie ne se contentant juste de raconter de manière neutre la vie d’une personnalité publique. Surtout dans le cas de Blonde, ou Marylin Monroe est une star internationale dont la carrière est connue de beaucoup.

J’invite donc, à toutes personnes averties par les scènes choquantes, à aller regarder Blonde et se forger un propre avis sur le film. Que se soit pour la performance bluffante d’Ana de Armas en Marilyn Monroe ou pour la réalisation exceptionnelle d’Andrew Dominik, ce film s’affranchissant des règles actuelles du cinéma est à voir.

Alexandre Hélein