Un jour sombre pour la démocratie américaine…

« À bas les voleurs ! »

            Depuis l’élection présidentielle états-unienne le 3 novembre 2020, un climat de tension et d’instabilité politique s’est installé dans le pays. Donald  Trump, candidat républicain à sa réélection refuse de reconnaître sa défaite et conteste le résultat du scrutin. C’est en effet son adversaire démocrate Joe Biden qui l’a emporté avec 306 grands électeurs contre 232 pour le camp républicain. Le 6 janvier 2021 avait lieu la validation de la victoire de Joe Biden par le Sénat et le Congrès mais cela a donné lieu à des manifestations de colère de la part des militants pro-Trump qui ont donc organisé un rassemblement ce jour là.

            Cette photo de presse, prise par le journaliste et photographe documentaire américain Phil Mcaulife, est publiée par l’agence de photos Starface. La carrière professionnelle de l’auteur s’étend sur 4 décennies. Ses photos représentent des sujets variés comme des évènements politiques ou des personnalités publiques. Il a notamment couvert l’attentat terroriste de 2001 à New York et l’ouragan Katrina en 2005. Phil Mcauliffe est publié dans le monde entier et ses images sont utilisées dans de nombreux livres. La photo qui nous intéresse représente un rassemblement de ce que l’on appelle les « trumpistes » devant le Capitole qui a tourné à l’insurrection le mercredi 6 janvier 2021 à Washington.

            En quoi cette image reflète-t-elle le malaise politique aux États-Unis ?

            Nous analyserons cette image en trois parties : une observation de la photographie, un résumé de la manifestation et des réactions et enfin une analyse sur les groupes extrémistes et un parallèle avec un passage de l’histoire de France.

            Cette photographie d’actualité montre une foule immense devant un imposant bâtiment blanc. On reconnaît le Capitole, siège du Congrès et du Sénat à Washington, aux États-Unis. Sur ses marches et sur le parvis placé devant l’entrée, les participants à la manifestation portent des drapeaux, bonnets, écharpes et pancartes à l’effigie de Donald Trump, président sortant. La couleur qui prédomine dans cette foule est le rouge et bon nombre de personnes ont des vêtements de la couleur du parti républicain états-unien. Il y a également beaucoup de drapeaux différents présents sur la photo. On distingue énormément de drapeaux états-unien, des lignes rouges sur un fond blanc avec en haut à gauche un carré bleu décoré de 50 étoiles. On voit également plusieurs étendards avec les inscriptions : « Keep america great ! », garder l’Amérique grande ou « No more bullshit », plus de conneries. Ce sont des slogans que D.Trump a prononcé lors de discours et maintenant repris par nombre de ses partisans. Le Gadsden flag, un drapeau représentant un serpent à sonnettes avec le texte :  « Don’t tread on me », ne me marche pas dessus, symbole des pro-armes et de l’esclavagisme est aussi visible plusieurs fois sur l’image. Enfin, au premier plan, on peut distinguer la bannière Women for Trump, femmes pour Trump, régulièrement brandit lors de rassemblements ou de discours en l’honneur de l’ancien président. Des manifestants brandissent aussi des pancartes comme : « Jesus is my saviour, Trump is my President » ce qui veut dire Jésus est mon sauveur, Trump est mon président ou encore « Jesus saves », Jésus sauve. La foule à l’air assez houleuse et énervée, les gens filment, crient et lèvent les bras. Les gens, en grande majorité ne portent pas le masque, alors qu’il est obligatoire dans les rues de Washington depuis juillet 2020 et ont tous relativement la peau blanche. On les voit qui montent des marches menant au Capitole et escalader tout un tas de barrières et de murs. Des grilles anti-émeutes sont par ailleurs visibles tout autour du bâtiment comme pour le protéger. Des hommes en tenues fluorescentes protègent l’entrée de toutes intrusions possibles et des caméras et projecteurs sont braqués sur la foule d’un peu partout. Le photographe est placé au milieu des gens de sorte à ce que l’on distingue bien les personnes présentes et leurs signes distinctifs. Le Capitole est vu par le dessous ce qui le rend encore plus impressionnant et imposant. Les lignes de fuites de la photo mettent en valeurs les drapeaux et les pancartes et accentuent le sentiment de foule.

            Cette photographie montre bien l’agitation qui régnait ce jour là devant le Capitole. Voyons donc comment s’est déroulée cette manifestation et comment elle a conduit à l’envahissement d’un symbole de la démocratie états-unienne.

            La Save America March commence le mercredi 6 janvier dans la matinée et voici un résumé des faits. Rudy Giuliani, conseiller de Trump prononce un discours enflammé où il répète les théories complotistes selon lesquelles l’élection a été trafiquée. Mo Brooks, membre du parti républicain prend également la parole pour galvaniser la foule à se « battre pour l’Amérique ». C’est au tour de Trump de parler et son discours a beaucoup fait réagir. Il prône : « cette élection vous a été volée, m’a été volée et a été volée au pays » et incite ses partisans à « marcher sur le Capitole ». Dans le bâtiment situé à 2km du Washington Monument, lieu du rassemblement, a lieu une séance exceptionnelle pour confirmer la victoire de Joe Biden. A la mi-journée Mike Pence, alors vice président des États-Unis, explique qu’il n’a pas les pouvoirs pour s’opposer à la victoire du candidat démocrate ce qui est qualifié comme un « manque de courage » par Trump dans un tweet. Au début de l’après midi, les milliers de personnes rassemblées sur l’esplanade The Ellipse, investissent les terrasses du Capitole et la scène installée pour la prestation de serment de Joe Biden, qui va avoir lieu le 20 janvier. La police intervient en utilisant des gaz lacrymogènes mais est rapidement dépassée par la foule. Armés d’outils en tout genres, les émeutiers forcent le passage et entrent à l’intérieur du bâtiment. Les sénateurs et les membres de la Chambre des représentants sont évacués tandis que des confrontations armés commencent un peu partout dans le bâtiment. Les militants pro-Trump prennent d’assaut les bureaux et les salles de la Chambre et du Sénat. Ils pillent et saccagent le bâtiment en écrivant des mots tels que : « Nous ne reculerons pas » ou « Ce n’est qu’une question de temps, la justice arrive ». La police et la Garde nationale reprend le contrôle des lieux après plusieurs heures mais l’attaque a tué cinq personnes dont un policier assassiné à coups d’extincteur. Dans un tweet, le président en fonction justifie cette violence mais il est rapidement effacé par le réseau social. Joe Biden désigne les événements d’« insurrection », d’« agression sans précédent » et exige de Donald Trump qu’il protège la Constitution et la démocratie. Ce dernier publie un message vidéo où il demande à ses partisans de « rentrez chez eux en paix » mais qu’il les aime et les comprend. La vidéo est également effacée par Facebook et Twitter. Pratiquement tout ses comptes sur les réseaux sociaux vont être suspendus dans les jours suivants. De nombreuses voix s’élèvent, comme celles de membres du parti républicain et de personnalités du monde entier, pour dénoncer l’attitude de Trump et la violence de ses militants. Qualifié de « tentative de coup d’État », de « méprisable » et de « crise majeure de la démocratie », le chaos du Capitole est un incident unique dans l’histoire des États-Unis. Lorsque la séance du Congrès reprend, Mike Pence annonce que les émeutiers n’ont « pas gagné, la violence ne gagne jamais ». La victoire de Joe Biden est déclaré dans la nuit et  il devient le 46e président élu des E-U. D’autres manifestations ont eu lieu dans d’autres états comme au Kansas et en Géorgie ou des militants, en soutien à ceux de Washington, tentent de pénétrer dans les sièges de la législature des états. Un couvre feu est imposé par la maire Muriel Bowser entre 18h et 6h dans la capitale. Donald Trump, que beaucoup estiment responsable de l’événement, va subir une procédure de destitution pour « incitation à l’insurrection contre le gouvernement des États-Unis ».

            L’envahissement de l’un des symboles de la démocratie états-unienne montre que ce régime politique est la cible de beaucoup de groupes extrémistes et religieux.

            Nous avons vu et décrypté les différents drapeaux et pancartes présents sur la photographie. Mais d’autres étendards ont aussi été brandis lors de l’attaque comme le drapeau des États confédérés, symbole raciste utilisé par les nostalgiques de l’esclavage et de la domination blanche comme le Ku Klux Klan et des drapeaux nazis. L’antisémitisme était par ailleurs présent dans le Capitole par l’apparition de groupes néonazis et des pancartes prônant la haine des juifs. Plusieurs représentants de mouvements complotistes et néo-fascistes proches de l’extrême droite sur l’échiquier politique ont été identifiés à l’intérieur du bâtiment comme Qanon, un groupe conspirationniste où se regroupent des adeptes de théories du complot sur une guerre entre Donald Trump et des élites démocrates ou encore Proud Boys, une organisation totalitaire et dictatoriale impliquée dans des actes de violence politique et n’admettant que des hommes. Parmi les émeutiers, CNN a donc repéré Jake Angeli aussi surnommé « Qanon Shaman » grâce aux vidéos et images de l’intrusion. Il avait le visage peint aux couleurs nationalistes, une peau de bête à corne sur les épaules et un tatouage de trois triangles entrecroisés sur le torse, symbolisant le Wotanisme, idéologie politique ouvertement raciste, antisémite et néonazie. Le « live » montrant l’intérieur du Capitole fait par le suprémaciste blanc Tim Gionet surnommé « Baked Alaska », figure connue d’extrême droite qui participe régulièrement à des manifestations violentes, a servi à plusieurs médias pour le repérer. Le groupuscule le plus violent et le plus dangereux est sans doute les « Oath Keepers », des militants paramilitaires anti-gouvernement super préparés et déterminés à semer le chaos. Ils étaient vêtus de treillis militaires, d’armes et d’explosifs. Mais il y avait également des profils moins extrémistes qui ont pénétré dans le Capitole et la grande majorité des manifestants restés dehors ne soutiennent pas la violence des assaillants. Ces derniers justifient leurs actes en expliquant qu’ils écoutent les hommes politiques de leur parti qui leur ont demandé d’investir le Capitole. Ce bâtiment est un symbole du pouvoir législatif états-unien mais il était aussi ce jour là la cible des trumpistes car cette assemblée devait valider le résultat de l’élection présidentielle. Cette insurrection est vue comme un moment de gloire par les émeutiers car il a permis de faire vaciller la démocratie et de prouver les faiblesses de ce régime politique. La présentatrice Martha MacCallum a même déclaré sur la chaîne Fox News que « c’est une énorme victoire pour ces manifestants. Ils ont énormément perturbé le système ! ».

            On peut effectuer un parallèle entre l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021 et la crise du 6 février 1934 à Paris. Dans un contexte de crise économique, d’instabilité ministérielle et d’affaire judiciaire entre politique et escrocs, la 3ème République est très fragile. Le président de la République de l’époque, Albert Lebrun constitue un nouveau gouvernement, majoritairement de gauche. Les partis de droite vont donc utiliser le scandale de l’affaire Stavisky pour renverser cette nouvelle majorité de la Chambre des Députés. Pour cela, le 6 février, plusieurs manifestations ont donc lieu simultanément sur la place de la Concorde, en face de ce qui va devenir l’Assemblée Nationale. Les ligues d’extrêmes droites jouent un rôle très important car elles avaient beaucoup de pouvoirs. Ils y avaient par exemple l’Action française, dont le but est de restaurer la monarchie ou encore les Jeunesses patriotes, favorable au fascisme et au nazisme. Sur la place, 30 000 manifestants se rassemblent. L’objectif des ligues était de prendre d’assaut la Chambre des députés où avait lieu l’avènement du nouveau gouvernement. Mais la dispersion des manifestants les empêche d’envahir le symbole du pouvoir. Des combats éclatent alors entre militants et force de l’ordre. L’émeute est violente et dure pendant une bonne partie de la nuit. Le bilan officiel s’élève à 16 morts et 657 blessés.

            La similitude entre ces deux attaques est assez flagrante et peut se comprendre par les motivations des émeutiers dans les deux cas. En effet, le but était à chaque fois de renverser la démocratie en place par des ligues et groupes d’extrême droite pour la remplacer par un régime autoritaire et radical.

            Les conséquences de cette attaque pourraient bouleverser complètement le paysage politique aux États-Unis. En premier lieu la seconde procédure de destitution de Donald Trump, accusé d’avoir été à l’investiture des violences, a commencé à Washington. Le 13 janvier 2021, 232 élus ont adopté un chef d’accusation pour « incitation à l’insurrection ». C’est le premier président à faire face à deux impeachment. Si Trump est jugé coupable lors de son procès, il serra alors inéligible pour tout poste à responsabilité publique, comme la présidence de 2024 à laquelle il avait prévu de se présenter. Mais la plus grave menace qui pèse sur les Républicains depuis l’invasion est une fission du parti en deux camps. En effet d’un côté, de nombreux membres, très proches du président durant son mandat, se sont retournés contre lui et condamnent ses paroles. Par exemple Dan Newhouse, le représentant républicain à la Chambre des représentants affirme qu’il n’y a « pas d’excuse pour les actes du président Trump ». Et d’un autre côté, l’« Alt-right » signifiant alternative droite est une frange extrémiste et suprémaciste de l’électorat conservateur. Ce mouvement a pris de l’ampleur depuis l’arrivée au pourvoir de Trump et reflète le nouveau visage d’une partie de la population blanche aux États-Unis. Les impacts de l’attaque ne seraient qu’une conséquence d’une politique électoraliste menée depuis des années par les politiques du pays. L’électorat conservateur s’est de plus en plus radicalisé par des discours incitant implicitement à une forme de haine raciale. Mais de  nombreux spécialistes affirment que ce n’est pas seulement une petite minorité d’extrémiste qui ont participé à l’invasion mais que cela reflète ce qu’est devenu une part du Parti républicain. De plus, la facilité avec laquelle les manifestants sont entrés dans le siège du Congrès interpelle. Beaucoup dénoncent une différence flagrante de traitement entre les militants pro-Trump et les militants au mouvement Black Lives Matter. Ces deux groupes, aux antipodes l’un de l’autre, montrent bien la fracture idéologique qui peut exister entre les habitants d’un même pays.

            La photographie de presse que nous venons d’analyser montre une vraie défaillance dans le système politique états-unien. L’auteur tente de faire passer un message d’alerte pour sauver ce régime politique attaqué par une partie importante de ses propres citoyens. Il veut nous faire réfléchir sur la radicalisation de plus en plus présente dans les pays du monde et qui menacerait l’équilibre instable d’une solidarité entre les peuples. En ce qui concerne les États-Unis, le nouveau président élu Joe Biden parviendra-t-il a réconcilier son peuple ?

Sources : wikipedia.org, yahoo.com, bfmtv.com, liberation.fr, france24.com, thedaiyreports.com, msn.com, lci.fr

Oriane Frison

Les rencontres de Montaigne

Dans ce troisième opus, François Saltiel s’attarde sur La société du sans contact, tiré de son livre, et des conséquences de la numérisation de la société. Une analyse claire et efficace qui montre les dérives possibles d’une telle tendance et les parades envisageables.

Pour compléter cet article, les élèves ont lu, repris et analysé des passages du livre de François Saltiel. A vous de lire…

Encore merci pour cette rencontre.

“La société du sans contact” de François Saltiel (Flammarion).

Instagram est entré dans nos vies en 2010, sur cette application chacun poste du contenu: de belles photos de vacances ou une présentation de soi-même magnifiée en cherchant à être liké au maximum. 

Mais des études démontrent que cette course au like suscite stress, angoisse voire suicide auprès des jeunes. 

Depuis 2014, en Chine un nouveau système a été mis en place aux règles perverses: les chinois disposent désormais d’une seconde carte d’identité appelée “crédit social” qui les force à être de bons citoyens. A chaque comportement défaillant, ils perdent des points ce qui leur fait perdre des droits et des libertés. 

François Saltiel est un journaliste, réalisateur et producteur. Il a travaillé dans des émissions, réalisé des documentaires pour France Tv, et a également écrit des livres,  tel «le vendeur de thé qui changea le monde avec un hashtag» ou «la société sans contact», ouvrage que nous allons étudier. Tous les soirs, il travaille actuellement sur le plateau de 28 minutes de la chaîne d’Arte, du lundi au jeudi. 

A travers une multitude d’exemples, le journaliste François Saltiel s’intéresse aux effets dans nos vies des nouvelles technologies. Il décrypte en profondeur les thèmes suivants: l’emprise des réseaux sociaux, la surveillance induite par les nouvelles technologies ou encore la dénonciation des plateformes numériques comme Uber ou encore Deliveroo qui sous-payent leurs employés, l’amour virtuel rendu possible grâce à des nouveaux outils (chien Aibo, l’application Tinder…)… 

L’auteur s’appuie sur des études, des sondages, dresse le portrait des acteurs de premier plan du numérique pour montrer un monde presque similaire à la série britannique “Black Mirror”, la fiction devient presque réalité. L’inquiétude principale de l’auteur est un appauvrissement des relations sociales d’où le titre “La société du sans contact”, il nous invite à davantage de vigilance et d’indépendance vis à vis des écrans.

Voici quelques exemples qui nous ont particulièrement marqué:

Afin d’éviter le plus possible les accidents, la Chine a mis en place dans la municipalité de Chongqing, des voies piétonnes réservées aux piétons connectés. Il y a donc deux files parallèles, l’une sur laquelle circulent les personnes marchant d’un bon pas, actif et le regard tourné vers la réalité, tandis que de l’autre côté, des individus marchant tête baissée, focalisé sur leur portable, absorbé par la magie de l’écran, tel des zombies. Ce mot est employé par l’auteur, voulant dénoncer l’addiction de notre société si puissante que l’on en vient même à transformer l’espace public. 

En avançant dans la lecture, l’auteur évoque un point très intéressant qui nous touche tous en ce moment, la hausse du contrôle de la population durant la pandémie de COVID-19. Il dénonce dans ce passage la collecte de nos données personnelles dans les différents pays par les opérateurs ou les applications tel Stopcovid. L’auteur nous rappelle explicitement que nous sommes tous très facilement traçables par les autorités avec notre portable, et que nos libertés individuelles sont restreintes avec une politique de surveillance. 

Le point de vue de l’auteur sur la société d’aujourd’hui est très intéressant et approfondi car l’auteur étudie de nombreux sujets qui touchent notre existence de A à Z. Mais parfois l’approche est trop pessimiste. Sa thèse de la société sans contact est à nuancer, grâce aux nouvelles technologies, chacun a pu garder le lien avec autrui via ces plateformes pendant les différentes périodes de confinement. Sans cette technologie, certains se seraient réellement renfermés sur eux-mêmes. 

Louise R. et Alexandra D.