Sonia Devillers, une journaliste passionnée et de caractère.

Cette année, la Classe Média du Lycée Montaigne s’est tournée vers une journaliste qui ne mâche pas ses mots. C’est une femme de caractère et une professionnelle des médias que nous avons invité à nous présenter son parcours, son travail et ses objectifs en tant que journaliste. Rencontrée lors d’une conférence à la Maison de la Radio pendant la Semaine de la Presse, nous avons été subjugués par son enthousiasme et sa clairvoyance sur le monde des médias. Nous avons décidé alors de lui parler et de lui proposer d’être la marraine de la Classe Média pour cette année ce qu’elle a accepté. Selon elle, l’enseignement des médias doit être intégré dans le cursus scolaire des futurs citoyens. Après quelques mails échangés, nous sommes tombés d’accord sur une date et la rencontre tant attendue a pu avoir lieu. Le rendez-vous est fixé pour le vendredi 18 novembre 2016 à 13h30.

Avant de rendre compte de ses propos, nous avons cherché à savoir qui était Sonia Devillers en lui posant un certain nombre de questions:

sdSonia Devillers est née le 31 janvier 1975. Dès le lycée, elle s’intéresse plus particulièrement aux matières littéraires et c’est tout naturellement qu’elle étudie la philosophie à l’université Paris Sorbonne. Elle finit par abandonner la préparation de son agrégation pour aller travailler au Figaro. D’abord aux pages « Culture », elle passe très vite aux pages « Médias et Communications », où elle restera dix ans. Commençant à s’ennuyer fermement dans ce travail, Sonia Devillers évolue parallèlement à la radio en tant que chroniqueuse hebdomadaire dans l’émission « Service Public » d’Isabelle Giordano entre 2005 et 2012. Elle y traite des sujets comme la consommation, l’économie ou encore la société. Elle est aussi à l’antenne du Mouv’, avec des sujets économiques et ses coups de cœur culture.

L’été 2011, Sonia Devillers obtient un magazine qu’elle appelle « Grand Bain », tantôt quotidien pendant les vacances d’été, tantôt hebdomadaire le samedi le reste de l’année. Elle y parle des médias et des industries culturelles, puis elle élargit les thèmes aux sujets de société.

Depuis août 2014, elle présente quotidiennement « l’Instant M » de 9h40 à 10h sur France Inter, une émission sur l’actualité des médias. Son travail est très polémique car ses interviews sont souvent mouvementées et cela ne la dérange pas de titiller ses invités.

Lilou Mayaux-Barbero

Par l’intermédiaire de Corentin Masson, les élèves ont pu lui poser des questions sur le sens de sa démarche en tant que journaliste et les objectifs de son émission « L’instant M« .

I-Qu’est-ce qui vous a poussé à être journaliste ? Qu’est-ce qui a déclenché cette passion ? Est-ce que vous avez toujours eu envie de faire de la radio ? Quelles études avez vous suivi ?

image1-1Jeune, Sonia Devillers n’avait pas d’idées précises de ce qu’elle voulait faire de son avenir, c’est tout à fait par hasard que sa passion s’est déclenchée. Elle était au lycée Hélène Boucher à Porte de Vincennes. C’était un endroit austère selon elle, avec quelques très bons élèves. Elle était très forte dans les matières littéraires, particulièrement en français et en philosophie, elle passe donc un bac L.. et fait hypokhâgne. Après avoir raté deux fois Normal Sup, elle entreprend un cursus en philosophie à Paris I. Puis elle est trois ans en classe préparatoire à Claude Monet. Elle obtient finalement sa licence. Elle se spécialise autour d’un auteur qu’elle admire : Henri Bergson. Elle travaille sur des réflexions autour de l’art. Elle fait un master, pendant lequel elle s’ennuie : « Je ne suis pas faite pour travailler seule à la maison », nous dit-elle. Elle renonce finalement à passer l’agrégation et entre au Figaro en 1999. Par chance, alors qu’elle n’a pas fait d’école de journalisme (ce qui n’est pas impératif, dit-elle). Elle entre au service culture, qu’elle déteste: elle n’y trouve que des personnes spécialisées dans leur domaine, qui ne sont pas très ouverts aux nouveaux arrivants. Elle caractérise le Figaro comme très varié: on y trouve des personnes d’extrême droite comme d’extrême gauche, des grands intellectuels comme des alcooliques…
Après avoir été repérée, elle entre dans la page média du Figaro comme stagiaire et finit par y rester dix ans. Elle en a marre: la page média n’est pas lu par le grand public, seulement par les professionnels des médias.
Elle a parallèlement été prise comme chroniqueuse grâce à Isabelle Giordano dans l’émission « service public » et elle fut virée du Figaro vers 2010-2011, période où beaucoup de journalistes furent licenciés à cause de l’adaptation des journaux au numérique. D’autres thèmes ont été abordés comme la grève à Itélé: « c’est une catastrophe. A cause du nouveau patron, les employés travaillent dans des conditions extrêmement désagréables, certains démissionnent sans trouver de travail après ».
Sonia Devillers a découvert grâce à son expérience de chroniqueuse, qu’elle adorait la radio. Après être partie du Figaro, elle ne savait pas trop comment trouver un autre travail, lorsque Philippe Val, patron de France Inter, la recrute comme chroniqueuse du 9/10 où elle eut beaucoup d’auditeurs. Elle adorait faire ça, pendant les vacances, elle avait carte blanche, aucune concurrence, et travaillait autour de sujets divers tels que les westerns ou les dragons.

II-Comment cette émission est-elle née ? Comment se déroule-t-elle ? Pourquoi faire une émission sur les médias ? Avez-vous une totale liberté sur le contenu de l’émission et sur le choix des invités ?

sdmSonia Devillers s’est battue pour rester au micro de France Inter, car un nouveau directeur a été nommé. « Le Grand Bain » était son émission d’été, qu’elle a dirigé pendant 4 ans, et où elle avait une totale liberté des sujets qu’elle voulait traiter. Elle y raconte ce qu’elle veut, invite qui elle veut et c’est de cette façon qu’elle a appris à parler aux gens, à les mettre à l’aise et en confiance. Seulement pendant les campagnes électorales, elle doit veiller à respecter une stricte équité entre ses invités politiques, sinon elle a carte blanche. Tout au long de l’année, elle invite les personnes de son choix, tels que des photographes, des marchands de journaux, des lycéens, des cinéastes… Cela est très important pour elle car cela lui permet de s’adresser à tout le monde, pas seulement aux professionnels des médias. Sonia Devillers profite pleinement de sa liberté dans ses choix et ne se restreint pas qu’aux personnes qu’elle aime et admire.
L’émission « L’Instant M » ne se différencie pas beaucoup du « Grand Bain », mais elle a été créée pour comprendre notre société. « Les médias sont la clé d’entrée dans notre époque », nous a-t-elle dit. On peut parler de politique, de culture, de société d’économie…
« L’Instant M » est un service public, il n’y a pas d’actionnaires privés.
D’après elle, la radio est un média chaud, vivant, contrairement à la presse écrite.

III-En quoi votre émission peut-elle déranger ? Quels sont les invités qui ont montré une réticence ou une force de résistance ? Existe-t-il une objectivité ou une impartialité dans ce type de thématique d’émission ?

maxresdefaultL’émission « Instant M » de Sonia Devillers ne dure que 18 minutes. Lorsqu’elle a des invités importants, tels que des acteurs ou des réalisateurs pour des promotions de films, elle préfère aller droit au but dès le début et n’est pas toujours tendre… Elle doit avoir tout un plan dans sa tête lorsqu’elle invite des personnes : un sujet, une problématique, un angle… c’est la base de tout selon elle. Cependant, ses manières d’agir et de questionner l’invité ont pu en choquer certains, comme Anne-Sophie Lapix et Cyril Hanounah qui refusent de se faire interviewer dans son émission. Cependant, il y a aussi certaines personnes qu’elle refuse d’inviter sur son plateau (telles que Karine Lemarchand ou Frédéric Lopez).
Il y a une forme d’objectivité dans le fait qu’elle travaille beaucoup et qu’elle questionne et recherche non seulement les points forts, mais également les points faibles de l’invité. Cette rencontre et cet entretien nous ont éclairé sur le métier de journaliste de radio.

Leonor Berche et Alice Franck

Les élèves de la Classe Média ont également filmé Sonia Devillers. Pendant cet entretien, elle nous explique entre autres les méfaits de la pensée unique. A vous de voir…

Un grand merci à Nina Bernard, Bérénice Cahen, Agathe Duszko, Pierre Larchet, Hugo Munigliat-Raynal et Assa Traore.

 

Benjamin Sabbah, un spécialiste de l’économie des médias.

Dans le cadre des Rencontres de Montaigne, le 29 novembre 2016, les élèves ont reçu Benjamin Sabbah, spécialiste de l’économie des médias. Notre invité a eu un parcours universitaire de grande qualité. En effet, il a été étudiant à la Sorbonne (Paris I) et à Université-Dauphine. De plus, il a fait un stage au Mexique (Planet finance). Il travaille à l’Agence France Presse depuis 2006. Il a donné également des cours d’économie des Médias dans le MBA Communication de PPA (2015 – 2016) et dans le cadre des Master 1 du double diplôme ESJ-Sciences Po Lille en 2016 et 2017.

Au cours de cet entretien, il a expliqué l’importance des agences de presse dans la construction et la diffusion de l’information. Après une présentation fort intéressante, les élèves ont conclu la conférence pour une série de questions. Nous avons cherché à résumer dans ce dossier les faits majeurs de cette rencontre.

benjamin-sabbah

Qui est Benjamin Sabbah ? Nous avons décidé de présenter notre invité en quelques lignes.

Benjamin Sabbah est un professeur d’Economie des Médias à l’université Paris-Dauphine et travaille à l’AFP en tant que responsable Pôles Produits et au service B2B (Business to Business). Il a également rejoint la Direction Commerciale France.

Benjamin Sabbah a donc commencé par nous présenter son poste à l’AFP et ses autres activités professionnelles. Puis il nous a décrit son parcours et ses études. Il a commencé à s’intéresser à l’économie au lycée en s’orientant vers une filière générale ES. Puis, l’économie étant un sujet digne d’intérêt, il décida de continuer ses études en faisant des études supérieures d’économie. Après avoir obtenu son Master, il partit au Mexique dans une entreprise pour travailler dans le conseil pendant un an. Puis, de retour en France, il poursuit sa formation durant de quelques années. Il travaille désormais à l’AFP, depuis 10 ans. D’après lui, c’est une entreprise très attachante, dans laquelle média et technologie se retrouvent combinés.

Lors de cette rencontre, notre invité nous a expliqué le fonctionnement des agences de presse et plus particulièrement l’Agence France Presse (A.F.P.). Il a ensuite montré la différence entre une agence de presse et un média. Un média, d’après le dictionnaire Larousse est un « Procédé permettant la distribution, la diffusion ou la communication d’œuvres, de documents, ou de messages sonores ou audiovisuels (presse, cinéma, affiche, radiodiffusion, télédiffusion, vidéographie, télédistribution, télématique, télécommunication) ». Une agence de presse est la source d’information d’un média. C’est le média de l’information. Elle a des photographes, des caméramans, des journalistes, des envoyés spéciaux un peu partout dans le monde pour se tenir au courant de la moindre information qui pourrait informer un média lié à cette agence.

Puis, Benjamin Sabbah a donc posé les problématiques d’une agence de presse, c’est-à-dire leur mode de fonctionnement, leur financement et autres, avant de nous faire un historique précis et détaillé des médias et de l’AFP.

afpTout d’abord, prenons l’exemple de l’AFP pour être plus précis. Pour avoir accès au réseau d’information de l’AFP, il faut y être abonné, pour une somme d’argent conséquente; Seuls les grands médias nationaux comme France Télévision ou TF1 peuvent avoir accès à toute l’offre. L’AFP n’est donc pas un média, il donne des informations brutes. L’AFP est une agence nationale qui rend ses informations disponibles en six langues (en français, en anglais, en espagnol, en portugais, en allemand et en arabe), et c’est plus précisément la première agence de presse au monde, fondée en 1835 entre autres par Charles-Louis Havas, et par ses collaborateurs Paul Julius Reuter et Bernhard Wolff. A l’époque, l’agence de presse se nommait Agence d’information Havas.

13 ans plus tard, en 1848, une seconde agence de presse, nommé Associated Press, fait son apparition en Amérique. Puis en 1849, l’associé de Charles-Louis Havas, Bernhard Wolff, décide de quitter l’équipe de l’Agence d’information Havas, et de retour en Allemagne, fonde sa propre agence : le Bureau Télégraphique Wolff (qui deviendra plus tard l’Agence Continentale puis DPA). Et c’est au tour de Paul Julius Reuter de quitter Havas pour former l’agence de presse Reuters (plus tard rebaptisé Thomson-Reuters) en Angleterre. L’agence de presse Reuters devint donc la 4ème agence de presse. Durant la Seconde Guerre mondiale, avec le régime de Vichy, l’Agence d’information Havas, renommée depuis peu Agence France-Presse (AFP) devient l’OFI, la radio de Vichy. À la fin de la guerre, le personnel de l’AFP reprend possession du bâtiment et l’entreprise redevient l’Agence France-Presse.

À l’heure actuelle, il existe bien d’autres agences de presse dans le monde.
Nous avons par exemple Sputnik en Russie, qui dessert ses informations en 32 langues, Xhinyou en Chine et Anadalou en Turquie qui eux desservent leurs données en 16 langues. L’AFP, lui, transmet ses informations en 6 langues.

Chaque jour, l’AFP produit environ 5 000 dépêches, 3 000 photos, et 70 infographies.

L’Agence France Presse est un chaînon essentiel de l’information francophone dans le monde. Par la présence de ses journalistes, elle permet aux grands médias d’obtenir des informations d’une grande qualité. Toutefois elle n’est pas à l’abri d’un faux pas, qu’elle doit corriger au plus vite. Par son action, elle contribue à la préservations des valeurs démocratiques en donnant une information objective. Grâce à Benjamin Sabbah, nous avons compris le rôle essentiel de l’AFP dans la diffusion de l’information. La Classe Média vous remercie encore pour avoir répondu favorablement à notre invité et pour la qualité de votre conférence.

La Classe Média (Kimberley Barret, Léonor Berche, Héloïse Cheronnet, Simon Rochoux).